Journée de conférence à l’Amphithéâtre de la MRSH (Université de Caen). Le 16 décembre 2022.

Organisateur Boris Czerny-Claire le Foll.
Avec le soutien de ERLIS, Institut Universitaire de France, Parkes Inistitute for the Study of Jewish/non-Jewish Relations (Université de Southampton), Mémorial de Caen; Société des Études Juives
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La Biélorussie a été peu concernée par le renouvellement épistémologique des études sur la Shoah. L’émergence en Pologne d’une « nouvelle école historique » a par exemple permis de mettre en évidence le rôle de la population polonaise dans le processus d’anéantissement de la population juive. En Ukraine, les travaux sur les « massacres de masse » ont contribué à mieux faire connaitre en Occident, comme dans le pays, les spécificités de la « Shoah par balle » et à poser ouvertement la question de la collaboration des forces nationalistes ukrainiennes, même si la question reste encore et toujours sensible.
L’histoire de la Biélorussie et le destin de sa population dont un quart, soit 2 230 000 personnes et parmi elles 600 000 à 800 000 Juifs, furent tués, restent un domaine encore peu investigué. En France, très peu d’ouvrages ont été consacrés à ce jour à la Seconde Guerre mondiale et la Shoah dans ce pays.
Cette absence peut s’expliquer par différentes raisons et notamment par l’inclusion à la fin de la Seconde guerre mondiale dans l’espace soviétique de l’ensemble du territoire de la Biélorussie. Pour rappel la partie occidentale de la Biélorussie se trouvait jusqu’en 1939 et la signature du pacte Molotov-Ribbentrop dans les limites de la Pologne.
Dès la fin de la guerre, l’URSS a mis en place une écriture à la fois nationale, voire nationaliste, et héroïque du conflit qualifié de Grande guerre patriotique. Cette institutionnalisation politique de la Seconde Guerre mondiale qui a été réactivée depuis le début des années 2000 et l’accession au pouvoir de Poutine et de l’inféodation de la Biélorussie à la Russie, trouve une expression concrète dans la valorisation de la résistance armée contre les allemands de la part des nombreux groupes de partisans actifs dans les régions boisées de la Polésie, ainsi que, par exemple, dans l’exaltation de l’héroïsme des défenseurs de la forteresse de Brest-Litovsk aux premières heures de l’invasion allemande, le 21 juin 1941.
Le discours officiel n’accorde que très peu de place aux autres victimes, non biélorusses, et en particulier à la composante juive de la population qui ne fut pas la seule à être l’objet de persécutions, mais, à la différence des autres, le fut de manière systématique. La loi sur « le génocide du peuple biélorusse » signée par la président Lukashenko renforce ce point et rend illégale, voire criminelle, toute étude du génocide des Juifs en tant que phénomène distinct.
La journée de conférence organisée la 16 décembre 2022 au Mémorial de la paix à Caen a pour objectif d’apporter un éclairage sur la Seconde Guerre mondiale et la Shoah en Biélorussie.
Les interventions destinées à un large public porteront sur l’histoire de la présence juive en Biélorussie ainsi que sur la spécificité de l’exécution de la Shoah dans ce pays. L’accent sera mis sur l’importance des ghettos à travers le cas de celui de Brest-Litovsk, les lieux de massacres et l’utilisation des témoignages. Un volet sera consacré à la place de la Shoah dans le paysage des villes, bourgs et villages ainsi qu’aux initiatives privées et publiques destinées à perpétuer la mémoire d’une population qui a pratiquement disparu aujourd’hui en Biélorussie.

Belarus has not been much involved in the epistemological renewal of Holocaust studies. The emergence of a « new historical school » in Poland, for example, has made it possible to highlight the role of the Polish population in the process of annihilation of the Jewish population. In Ukraine, the works on the « mass massacres » has contributed to a better understanding in the West, as well as in the country, of the specificities of the « Holocaust by Bullets » and to openly raise the question of the collaboration of the Ukrainian nationalist forces, even if the issue still remains sensitive.

The history of Belarus and the fate of its population, of which a quarter, i.e. 2,230,000 people, including 600,000 to 800,000 Jews, were killed, remains an area that has not yet been fully investigated. In France, very few works have been devoted to the Second World War and the Shoah in this country.
This absence can be explained by various reasons and in particular by the inclusion of the whole territory of Belarus in the Soviet space at the end of the Second World War. As a reminder, until 1939 and the signing of the Molotov-Ribbentrop Pact, the western part of Belarus was within the boundaries of Poland.
At the end of the war, the USSR put in place a national, even nationalistic, and heroic writing of the conflict, which it called the Great Patriotic War. This political institutionalisation of the Second World War, which has been reactivated since the beginning of the 2000s and Putin’s accession to power and the subjugation of Belarus to Russia The official discourse gives little recognition to the importance of the role of the partisans in the resistance against the Germans, and the heroism of the defenders of the Brest-Litovsk fortress in the first hours of the German invasion on 21 June 1941.
The official discourse gives very little space to the other, non-Belarusian victims, and in particular to the Jewish component of the population, which was not the only one to be persecuted, but, unlike the others, was persecuted in a systematic way. The law on « the genocide of the Belarusian people » signed by President Lukashenko reinforces this point and makes it illegal, even criminal, to study the genocide of the Jews as a separate phenomenon.
The one-day conference at the Peace Memorial in Caen on 16 December 2022 aims to shed light on the Second World War and the Holocaust in Belarus.
The conference will focus on the history of the Jewish presence in Belarus and the specificity of the execution of the Shoah in this country. Emphasis will be placed on the importance of the ghettos through the case of Brest-Litovsk, the places of massacres and the use of testimonies. A section will be devoted to the place of the Shoah in the landscape of cities, towns and villages as well as to private and public initiatives aimed at perpetuating the memory of a population that has practically disappeared today in Belarus.

Les intervenants prévus sont (programme définitif non finalisé)

-Marie Moutier-Bitan historienne de la Shoah, Bronnaïa Gora : lieu de massacre
-Pierre-Yves Buard, Pôle Document numérique numérique (projet le ghetto de Brest-Litovsk)
-Boris Czerny, Professeur à l’Université de Caen-Institut Universitaire de France (projet le ghetto de Brest-Litovsk et intervention préliminaire de présentation)
-Aleksander Dolhuski, vice-président du projet Istoricheskaïa Masterskaïa (L’Atelier de l’histoire), Заместитель руководителя проекта / Stellvertretender Projektleiterм Историческая мастерская имени Леонида
Левина / Geschichtswerkstatt Leonid Lewin in Minsk Minsk (Biélorussie.) « The Holocaust: History and Memory in Belarus » in Russian Maïa Katzenelson . Centre de l’Héritage juif-biélorusse Centre Belorussko-evreïskogo naslediïa
-Claire le Foll, spécialiste de l’histoire de la Biélorussie, Université de Southampton (les Juifs en Biélorussie, histoire)
-Frederique Loew-Turbout, Géographe, Université de Caen (projet le Ghetto de Brest-Litovsk)
-Julia Roger, Pôle Document numérique numérique (projet le Ghetto de Brest-Litovsk)
-Ina Sorkina, Jewish personal objects and their « second life »  in the Belarusian post-Holocaust shtetls (on the example of Mir and Iŭje)


Invités
Audrey Kichelewski, Université de Strasbourg-Institut Universitaire de France, spécialiste de l’histoire juive en Pologne
Daniel Tollet, Historien, spécialiste de la Pologne
Nicolas Valois, Sociologue, Université Picardie Jules Verne (France)


Comité scientifique 
Boris Czerny
Stéphane Grimaldi, Directeur du Mémorial de Caen
Audrey Kichelewski
Daniel Tollet
Claire le Foll

Pour tous renseignements s’adresser à Boris.czerny@unicaen.fr.